La chasse sportive est une activité immorale

La chasse « sportive » est une activité immorale[*] à plusieurs points de vue.

1. La chasse pratiquée dans les régions urbaines prive des citoyens non chasseurs du légitime plaisir de profiter en paix de la belle nature automnale sans avoir constamment peur d’être pris accidentellement comme cible, ou d’être atteints par des balles perdues.

2. Les chasseurs ne respectent pas la propriété privée et détériorent le bien privé et public; ils sont fréquemment la source d’altercations avec les propriétaires ou avec ceux qui veulent profiter de la forêt.

3. La chasse est cruelle pour les animaux qu’elle fait souffrir et mutile inutilement. Puisque l’homme moderne ne tire plus sa subsistance de la chasse, il n’a aucune justification de tuer des animaux dans des conditions qui souvent sont pitoyables.
Dès 1978, l’UNESCO, dans sa « Déclaration universelle des droits de l’animal » indiquait que d’un point de vue moral, l’humain n’a pas le droit d’obtenir par la chasse une telle jouissance aux dépens des autres espèces animales.

4. La manipulation des armes de chasse cause de nombreux accidents conduisant à des blessures graves, et à mort d’homme.

5. La chasse justifie la prolifération des armes et du savoir à propos de leur utilisation. Une arme à feu donne un sentiment de puissance à celui qui la manipule et cette connaissance encouragera son détenteur à en généraliser l’utilisation dans sa vie sociale pour régler des conflits familiaux ou de voisinage, ou à des fins économiques (i.e., banditisme).
Une société qui encourage la chasse encourage aussi indirectement la criminalité.
L’arme de chasse est aussi un instrument de meurtre et de suicide significatif.

6. L’utilisation des armes pour la chasse empêche un meilleur contrôle des armes à feu dans notre société. Si toutes les armes étaient obligatoirement déposées dans des reposoirs sous supervision policière, des centaines de vies seraient sauvées chaque année, et des centaines de mutilations évitées. La libre circulation des armes implique des coûts importants pour notre société.

7. La chasse est une activité perverse puisqu’elle ne sert plus à la subsistance du chasseur, mais au plaisir égoïste que celui-ci tire en débusquant, traquant et en le mettant à mort un animal. Comment un chasseur peut-il prétendre aimer les animaux s’il tire un pervers plaisir à les tuer ? [Note 1]

8. La chasse conduit souvent lieu au braconnage et au saccage complet d’une population à des fins économiques. Il y a de nombreux précédents partout dans le monde. En France, la dernière ourse de souche pyrénéenne, « Cannelle », a été tuée lundi par un chasseur lors d’une battue aux sangliers en vallée d’Aspe.

9. La chasse est une activité incompatible avec le respect de la nature et des autres espèces animales. Nous constituons une espèce animale très intelligente; néanmoins, nous sommes uniquement l’émergence d’un assemblage particulier d’ADN, comme toutes les autres espèces vivantes par ailleurs. Comportons-nous de manière morale. [Note 2]

10. La chasse est une activité primitive et barbare. Elle n’a rien de noble. Elle témoigne d’une ignorance certaine, et d’une attitude archaïque et grotesque. Le fait que les chasseurs s’empressent de redistribuer le produit de leur chasse, est probablement un signe de culpabilité. De nombreuses activités pourtant bien naturelles et très « instinctives » furent réprimées au cours de notre évolution biologique et culturelle vers Homo sapiens. Il devrait en être ainsi de la chasse. [Note 3]

11. Les animaux sauvages sont aussi potentiellement des vecteurs de maladies dont plusieurs sont transmissibles à l’homme ou à aux animaux de la ferme. Pour tout dire nous n’en savons pas grand chose mais nos voisins du Sud croient que l’encéphalopathie spongiforme (maladie de la « vache » folle) est fréquente chez les cervidés. [Note 4]

12. La chasse n’est pas justifiable par l’état de nos connaissances sur les communautés écologiques et leur équilibre. En fait nous ne savons pas grand chose sur les relations très complexes qu’entretiennent les espèces d’un écosystème. Pourquoi jouer aux apprentis sorciers ?

13. La chasse n’est pas justifiable par le fait qu’elle enrichit les coffres de l’état et les marchands de fusils, et fasse vivre des fonctionnaires et employés de l’état, y compris des biologistes de la faune.

14. La chasse sportive cause aussi un préjudice irréparable aux enfants qui sont particulièrement sensibles à la contradiction. Comment, en effet, comme parents et éducateurs apprendre à nos enfants à aimer et à préserver la nature, si en temps de chasse nous prenons malin plaisir à détruire cette même nature en « tirant sur tout ce qui bouge ».

15. Quant à la chasse « Roue du Roy » qui consiste à libérer des animaux pour que des chasseurs leur tire dessus, c’est une activité tout simplement criminelle. En effet, le législateur a depuis longtemps reconnu le caractère criminel d’une telle activité dans son article 402, paragraphe (1). Cette loi est malheureusement peu connue du public. L’État ne prend pas ses responsabilités ici en appliquant ses propres lois. [Note 5]

16. Notre société est nettement en contradiction en ce qui concerne la chasse. D’une part elle exige des conditions d’élevage et d’abattage extrêmement rigoureuses pour les animaux de la boratoire, et pour l’élevage servant à l’alimentation, et d’autre part elle fait la promotion de la chasse qui est une source très importante (et inutile) de souffrance animale (pensons aux animaux uniquement blessés) et d’une viande dont les qualités sont rarement contrôlées. [Note 6]

 

Que faut-il faire ?

  1. 1. Interdire toute chasse dans les zones urbaines. Par ex., au Québec, interdire la chasse au Sud du 47e parallèle et à l’Ouest du 70e méridien.
    Laissons cette zone à ceux qui aiment vraiment la nature.
    2. En ce qui concerne le nombre de chasseurs, il faut laisser agir l’attrition, le désintéressement dans la population. Chaque année il y a proportionnellement de moins en moins de ventes de permis de chasse. Le gouvernement –qui représente aussi les non-chasseurs – n’a pas à faire la promotion de la chasse et à implanter des programmes de stimulation de la chasse — comme celui de permettre la chasse accompagnée à partir de l’âge de 12 ans ! —
    3. Que l’école enseigne aux jeunes que la chasse est une activité barbare, à faire disparaître de notre culture.
    4. Que les chroniqueurs qui se disent écologistes ne fassent plus l’éloge de cette activité qui n’a plus sa place dans une société vraiment civilisée.
    5. Remplacer la venaison sauvage par celle d’un élevage contrôlé. La plupart des espèces s’élèvent en captivité, ou dans des conditions de semi-captivité.

 

 

Notes:

 

[*] La morale concerne les règles de conduite à l’égard des congénères (de la même espèce, i.e., les autres humains), de même qu’à l’égard des autres espèces avec lesquelles nous partageons l’ADN.

[1] Associer la chasse à « l’amour de la nature » relève du grotesque. L’activité qui consiste à tirer son vil plaisir à traquer des animaux sans défense pour éventuellement les tuer sans que ce soit pour satisfaire à un besoin de subsistance est radicalement incompatible avec celle qui consiste à aimer la nature, à l’admirer, à la respecter, à la préserver, à la cultiver. Il me semble impossible qu’un individu cohérent sur le plan rationnel puisse tirer du plaisir à la fois de la destruction d’une chose et de sa conservation, à moins d’être cognitivement perturbé.

 

[2] Ne chassons plus nos frères les animaux. Ils souffrent comme nous. Ils font partie avec nous de la diversité de la vie. Ils sont essentiels à l’équilibre écologique dont nous faisons partie intégrante. Ironiquement, une fois que les humains se seront tous entretués (par cupidité et méchanceté), certains de ces animaux pourront évoluer vers des espèces très intelligentes, comme nous le sommes aujourd’hui.
[3] Le plaisir de traquer et de tuer du gibier est sans doute archaïque. Partager la viande comme le font encore les tribus primitives (e.g., Yanomami et !Kung), sans doute aussi.
Le fait que les chasseurs soient à ce point généreux à distribuer leurs prises au retour de la chasse semble indiquer « je me sens coupable et je me dégoûte d’avoir tué sans justification ce pauvre animal, et veuillez me pardonner cet acte de barbarisme ancestral; en acceptant de partager cette viande, acceptez-vous de partager ma culpabilité devant ce carnage inutile ».
Bien des chasseurs (et pêcheurs) admettent ne pas consommer leurs prises. Leur « plaisir » semble inhérent à l’activité de chasse/pêche elle-même, plutôt que dans celui de déguster du gibier.
À moins que ce ne soit un vestige archaïque de l’époque où nos ancêtres partageaient le produit de leur chasse avec les autres membres du clan …

[4] Toucher, transporter et manger du gibier n’est pas sans danger. C’est un mythe que de croire que tout ce qui vient de la nature est pur, propre et bon pour la consommation. Chaque année, on abat à titre préventif des centaines d’animaux (surtout des wapitis et des bisons) qui semblent atteints de brucellose, de peur qu’ils la communiquent aux animaux de ferme. Le Wapiti et Cerf de Virginie sont susceptibles à l’encéphalopathie spongiforme (maladie de la « vache » folle) (Chronic Wasting Disease), transmissible à l’homme et aux animaux domestiques, en particulier si le chasseur visite une ferme. On ne sait pas si manger de la venaison contaminée peut transmettre le prion à l’homme. Le Cerf de Virginie est de plus un vecteur de diffusion de la tique qui transmet la maladie de Lyme à l’homme.

[5] Comment alors qualifier cette activité qui consiste à libérer des animaux domestiques, inexpérimentés et sans défense, et à les abattre à bout portant ? Ces chasses  » organisées  » aussi appelées  » Roue du Roy  » constituent non seulement une activité vile et barbare, mais aussi clairement criminelle. En effet, le législateur a depuis longtemps reconnu le caractère criminel d’une telle activité dans son article 402, paragraphe (1). Cette loi est malheureusement peu connue du public. Les alinéas a) c) d), f) et g) de l’article 402 sont particulièrement explicites:
« (1). [Faire souffrir inutilement un animal] Commet une infraction quiconque a) volontairement cause, ou s’il en est le propriétaire, volontairement permet que soit causée, à un animal ou un oiseau, une douleur, souffrance ou blessure sans nécessité; (b).. c) étant le propriétaire ou la personne qui a la garde ou le contrôle de l’animal ou oiseau domestique ou d’un animal ou oiseau sauvage en captivité, l’abandonne en détresse ou volontairement néglige ou omet de lui fournir aliments, l’eau, l’abri et les soins convenables et suffisants, d) de quelque façon encourage à battre ou à harceler des animaux ou des oiseaux ou y aide ou assiste; (e).. f) organise, prépare, dirige, facilite quelque réunion, concours, exposition, divertissement, exercice, démonstration ou événement au cours duquel des oiseaux captifs sont mis en liberté avec la main ou par une trappe, un dispositif ou autre moyen pour essuyer un coup de feu au moment de leur libération, ou y prend part ou reçoit de l’argent à cet égard, ou g) étant propriétaire ou l’occupant, ou la personne ayant la charge de quelque local, permet que ce local soit utilisé en totalité ou en partie pour une fin mentionnée à l’alinéa f) ».

 

[6] L’humain peut aujourd’hui à volonté reproduire des espèces sélectionnées pour leurs qualités alimentaires; il peut se permettre ensuite de les abattre pour sa consommation, mais dans des conditions très réglementées, qui évitent la surproduction, assurent la qualité et l’hygiène des aliments qui sont ainsi produits, mais aussi qui empêchent que les animaux ne souffrent inutilement. Ainsi, en vertu du Règlement sur l’abattage sans cruauté (code criminel 1978, c.937.(4)  » on s’assurera de rendre rapidement inconscient l’animal avant de l’abattre; ou encore, la mise à mort elle-même consistera à rendre dysfonctionnel le système nerveux qui en temps normal a pour fonction d’élaborer le phénomène subjectif que constitue la souffrance chez l’animal « . Or, comment notre société peut-elle d’une main imposer des règles si strictes aux conditions d’abattage et d’euthanasie des animaux servant à l’alimentation et à la recherche, et d’une autre main encourager ses citoyens, voire les enfants, à pratiquer un sport barbare qui consiste à donner la mort à des bêtes dans des conditions de souffrance pitoyables.
Cette incohérence s’explique par le fait que la chasse est une activité très lucrative pour bien du monde, depuis les fabricants d’armes et de munitions, les employés des parcs et  » réservoirs  » fauniques, jusqu’à l’État lui-même. Le fait que notre État encourage la chasse sportive et l’aménage, malgré le fait qu’elle soit clairement immorale, est tout à fait honteux pour une société qui se dit civilisée. Le fait qu’elle soit transformée en une activité « rationnelle » par des collègues biologistes, et en activité « sportive » par les journalistes est pour le reste aussi incompréhensible.

 

[7] Il ne faut pas croire les chasseurs qui vous diront qu’ils trouvent pénibles d’abattre une bête.
La plupart des chasseurs vous confieront tirer d’abord plaisir (satisfaction) lors de la capture ou de l’immobilisation, puis ressentir une certaine culpabilité. Les amérindiens ne demandent-ils pas pardon à la bête avant de donner le coup fatal ?

 

[8] Les données fournies par la psychologie évolutive et l’éthologie indiquent que la chasse est une activité masculine, modulée par la testostérone. Chez les peuples anciens et nos ancêtres elle était pratiquée par les hommes. Les meilleurs chasseurs étaient (et sont toujours chez les peuples primitifs) les chefs du clan ou de la tribu. Les femmes quant à elles faisaient la cueillette (qui n’est pas partagée sauf dans la famille immédiate). La chasse semble sous le contrôle des mêmes circuits neuronaux que la colère, l’agressivité, le meurtre d’opposants ou de rivaux, de même que guerroyer.

 

 

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